Le Reemay et le Hollytex sont deux non-tissés de polyester de l'atelier de restauration du papier. Et la question vient d'elle-même : lequel mettre ici ? Pour beaucoup de tâches, les deux conviennent. Pour d'autres, ce n'est pas indifférent. Et quand l'un manque, on travaille avec celui qu'on a en attendant l'autre. Ce guide fait le point tâche par tâche, avec ce qu'indique la littérature de conservation dans chaque cas.
Ce qu'ils ont en commun
Les deux sont des non-tissés de polyester. On appelle aussi le Reemay papier Reemay ou tissu Reemay, mais ce n'est ni un papier ni un tissu : ce sont des filaments de polyester liés sans tissage. Il en va de même pour le « papier Hollytex ».
- Reemay (Magnera) : polyester spunbond, sans liant chimique et doté d'une résistance chimique.
- Hollytex (Ahlstrom, distribué par Lascaux) : sans résine, encollage ni liant, résistant aux solvants et dimensionnellement stable.
Et l'AIC (American Institute for Conservation) cite les deux comme support intermédiaire pour le lavage du papier : la feuille qui permet de déplacer l'œuvre mouillée en la manipulant le moins possible et de soutenir les papiers fragilisés. La même source recommande, de manière générale, de maintenir le papier, tant qu'il est humide, entre des supports non-tissés de polyester perméables.
Ce qui les distingue : texture et épaisseur
La différence tient à la finition :
- Le Reemay est l'option à la surface la plus texturée, et cette texture tient bien le papier mouillé pendant le lavage.
- Le Hollytex est fabriqué par calandrage à chaud, un procédé qui lisse la surface en couchant les fibres libres. Il est plus lisse que le Reemay.
Cela se voit dans les fiches techniques. À grammage comparable, le Reemay 2014 (34 g/m²) mesure 0,24 mm d'épaisseur et le Hollytex 3257 (32-34 g/m²), environ 0,07 mm : plus de trois fois moins. Il ne faut donc pas les traiter comme s'ils étaient la même chose simplement parce qu'ils pèsent à peu près autant au mètre carré.
Reemay ou Hollytex, tâche par tâche
| Tâche | Les deux conviennent ? | Quand ce n'est pas indifférent | Si vous n'en avez qu'un |
|---|---|---|---|
| Lavage du papier | Oui : les deux servent de support intermédiaire dans le bain | Si l'on craint que la texture se transfère aux techniques graphiques fragiles ou au papier → Hollytex | L'un ou l'autre remplit la fonction de support |
| Séchage et mise à plat | Oui, pour les papiers qui ne sont pas satinés | Papier satiné ou couché : la texture du Reemay peut modifier la brillance → Hollytex | Avec le Reemay : la pression minimale nécessaire et le non-tissé bien étendu |
| Humidification sous membrane | Oui : les deux sont documentés avec la membrane | — | L'un ou l'autre |
| Intercalaire et séparation | Oui : la littérature les cite indifféremment | — | L'un ou l'autre |
| Doublages | La couche de séparation documentée est le Hollytex | Entre le tissu de séchage et le papier japon de doublage → Hollytex | — |
| Peinture sur toile | La littérature documente le Hollytex | Intercalaire de rentoilage et bandes de tension → Hollytex | — |
Lavage
Ici, les deux font le travail de base : soutenir la feuille et la sortir du bain sans la manipuler. On choisit le Reemay quand on veut que le support tienne le papier mouillé. Le Hollytex, quand on craint que la texture du support se transfère aux techniques graphiques fragiles ou au papier lui-même.
Ils ne s'excluent pas. Dans un même traitement, chacun peut intervenir à l'étape qui lui convient : le Reemay dans le bain, quand on recherche la tenue du papier, et le Hollytex au séchage d'un papier satiné.
Séchage et mise à plat
C'est l'étape où la texture compte le plus. L'AIC signale que le motif de toute surface texturée peut se transférer au papier ou aux techniques graphiques ramollies pendant le séchage, avec ou sans poids. Et un mémoire de fin d'études de licence de l'Universitat de Barcelona (Solé Mañas, 2018) le précise : le contact étroit avec un Reemay peut modifier la brillance de la surface, surtout sur les papiers très lisses, comme le papier couché et les autres papiers satinés.
C'est pourquoi, pour sécher un papier satiné ou calandré, on indique le Hollytex. Pour les autres papiers, le Reemay s'emploie dans la mise à plat traditionnelle sous presse : un Reemay de chaque côté du papier et, à l'extérieur, des buvards ou des feutres. La même source donne la règle pour ne pas marquer : un non-tissé de texture proche de celle du papier et la pression minimale nécessaire. Elle rappelle aussi que le papier mouillé reproduit les plis et les froissements du non-tissé : il faut bien l'étendre.
Humidification contrôlée sous membrane
Dans le sandwich d'humidification, la membrane laisse passer la vapeur mais pas l'eau liquide. Le non-tissé se place entre la membrane et l'œuvre, et les deux y sont documentés :
- Dans le montage de Dobrusskin, Singer et Banik (congrès de l'IADA, association internationale des restaurateurs de livres et de papier, 1991), le Hollytex figure comme couche facultative de chaque côté de l'œuvre : il évite qu'une couleur ramollie colle à la feuille de couverture et élimine le risque de condensation.
- Dans les essais du mémoire de Solé Mañas (2018), le papier est placé entre deux feuilles de Reemay au contact de la face membrane.
L'un comme l'autre permet de monter le sandwich. Le Gore-Tex ne pouvant plus être acheté, l'AIC cite le Sympatex parmi les alternatives. Le buvard et la membrane se trouvent dans la collection arts graphiques, papier et parchemin.
Intercalaire et séparation
Pour séparer l'œuvre du buvard ou de la surface de séchage, la littérature ne fait pas de distinction. William Minter (annuaire du Book and Paper Group de l'AIC, 1986) décrit une astuce d'atelier : un non-tissé de polyester, « par exemple du Reemay ou du Hollytex », fixé sur un carton par des points d'adhésif. Le polyester ne colle pas à la réparation, laisse passer l'humidité vers le carton et les gardes sèchent à plat. Solé Mañas décrit aussi des feuilles de Reemay entre le buvard et le papier pour éviter qu'ils adhèrent, surtout en présence d'adhésifs de restaurations antérieures.
Doublages
Pour les doublages avec tissu de séchage, la couche documentée est le Hollytex. Cuoco et Hamilton (même annuaire, 2008) ont testé des tissus de polyester pour le doublage et placé du Hollytex comme couche intermédiaire entre le tissu et le papier japon de doublage ; avec l'un des tissus, sans cette couche, le papier japon a été endommagé. Dans le doublage humide décrit par Dobrusskin, Singer et Banik, le papier fin enduit d'adhésif est travaillé entre deux feuilles de Hollytex, qui l'empêchent de coller au buvard.
Peinture sur toile
Sur toile, la littérature documente le Hollytex pour deux usages. Il se présente comme intercalaire de rentoilage, et Cser (2002) le décrit comme intercalaire non-tissé entre la toile originale et la toile de rentoilage. L'autre usage concerne les bandes de tension : l'Institut canadien de conservation a collé des bandes de Hollytex sur les bords du revers d'une peinture à l'huile avec de la BEVA 371 en film.
Les grades de Reemay, par tâche
Le Reemay se présente en rouleau de 50 m et en trois grades :
- Reemay 2250 (17 g/m², 0,12 mm) : le plus léger. Voile fin pour l'intercalaire et le séchage.
- Reemay 2014 (34 g/m², 0,24 mm) : le grade cité avec son numéro dans la littérature sur le lavage et le séchage du papier.
- Reemay 2024 (71 g/m², 0,31 mm) : celui qui a le plus de corps. Il est orienté vers les travaux d'atelier qui ne sont pas en contact direct avec l'œuvre.
Le Hollytex 3257 se présente en 34 g/m² et 120 cm de large.
Questions fréquentes
Papier Reemay, tissu Reemay et Reemay, est-ce la même chose ?
« Hollytex vs Reemay » : qu'est-ce qui les différencie vraiment ?
Lequel utiliser pour sécher un papier satiné ou couché ?
Je n'ai que l'un des deux. Puis-je commencer le traitement ?
Peut-on utiliser les deux dans le même traitement ?
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