Guide technique

Écailles sur céramique : consolidant ou adhésif ?

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Lorsque la surface d'une pièce en céramique se soulève en écailles ou en îlots, on pense volontiers d'abord à un consolidant. C'est une erreur de départ : consolider et recoller sont deux opérations distinctes, qui répondent à deux défaillances distinctes et qui se font avec des matériaux distincts ou, quand le matériau est le même, à des concentrations très différentes.

Costa, Leal, Mimoso et Pereira l'écrivent noir sur blanc à propos des azulejos : la consolidation en masse d'un corps céramique « nécessite l'emploi de solutions et de produits différents de ceux utilisés comme adhésifs pour réparer la liaison glaçure-biscuit » (Materiales de Construcción, 2017).

Ce guide s'appuie sur la littérature de conservation-restauration et sur les fiches techniques des fabricants. Il ne remplace pas l'examen de la pièce : tout se teste d'abord sur une zone cachée.

Deux défaillances distinctes, deux opérations

ConsoliderRecoller (refixage)
Ce qui a lâchéLa cohésion : le matériau se désagrège, il est pulvérulent, il perd des grainsL'adhérence : la couche est entière, mais séparée de ce qu'elle a en dessous
Comment cela se voitPoudre au frottement, surface qui s'effriteBords soulevés, ombre sous la couche en lumière rasante, îlots qui bougent
Ce que l'on chercheUn produit de faible viscosité qui pénètre dans les pores et rend sa cohésion au matériauUn adhésif que l'on introduit sous le bord, à l'interface, et qui unit la couche à son support
Où il agitÀ l'intérieur du matériauEntre la couche et son support

La différence générale entre perte de cohésion et perte d'adhérence est développée dans notre guide Consolidant pour la restauration : lequel choisir. Sur la céramique glaçurée, elle présente une particularité : les deux peuvent survenir en même temps. Mimoso et Esteves, qui ont étudié des azulejos, distinguent l'écaille qui se détache proprement à l'interface de celle qui entraîne une lamelle du tesson collée à son revers (Conservar Património, 2016). Dans le second cas, le tesson sous-jacent est lui aussi affaibli, et les deux opérations sont nécessaires. C'est pourquoi le revers d'une écaille tombée, observé à la loupe, fait partie des premières choses à conserver.

Pourquoi un consolidant ne recolle pas une écaille

Le silicate d'éthyle

Le silicate d'éthyle (tétraéthoxysilane, TEOS) a un usage documenté pour consolider les matériaux pierreux et céramiques poreux et désagrégés : il pénètre et dépose de la silice à l'intérieur des pores. Face à une écaille soulevée, il se heurte à une limite physique : son gel ne ponte pas les vides de plus d'environ 50 µm (micromètres), selon la monographie du Getty Conservation Institute (GCI) consacrée aux alcoxysilanes (Wheeler 2005, citant Wendler 1999). Le même ouvrage documente des écailles qui, après un traitement au silicate, sont restées solides mais mal adhérentes à la pierre.

Par ailleurs, les fiches techniques des silicates d'éthyle commerciaux examinées[1][2][3] les destinent aux supports minéraux absorbants, et les traitements sol-gel à base de silicium ne sont pas réversibles (Chapman et Mason, Journal of the American Institute for Conservation, 2003).

Une nuance que nous ne cachons pas : sur des éprouvettes de laboratoire en terre cuite engobée et glaçurée, cuites vers 950 °C, l'imprégnation avec un silicate d'éthyle élastifié a augmenté l'adhérence entre glaçure et engobe ; l'auteur conclut que toutes les solutions qu'il a testées, acryliques comprises, l'améliorent (D'ham, HAWK Hildesheim, 2003). Il s'agit d'une interface affaiblie sur un support poreux, pas d'une écaille déjà séparée avec un vide en dessous.

La silice colloïdale

C'est un autre produit, même si on le confond avec le précédent : une dispersion aqueuse de nanoparticules de silice. La fiche technique de l'une des silices colloïdales du commerce (silice à 30 %, pH compris entre 9,8 et 10,4) indique que sa capacité de pénétration est réduite par rapport au silicate d'éthyle. Lors d'un essai de laboratoire sur de la céramique archéologique, appliquée pure, elle a laissé une couche résiduelle transparente présentant un certain craquèlement et a assombri la surface, avec une différence de couleur (ΔE) de 9,2 (Braco, mémoire de master, Universitat Politècnica de València, 2019).

La résine acrylique très diluée

Ici, le matériau convient ; c'est la concentration qui pèche. Chapman et Mason le résument sans détour : à une concentration trop faible, « la résine manque de force adhésive ». Une solution conçue pour imprégner n'est pas un adhésif.

Paraloid B-72 : à quelle concentration consolider et à laquelle recoller

Le Paraloid B-72, copolymère de méthacrylate d'éthyle et d'acrylate de méthyle, apparaît dans de nombreux cas publiés sur la céramique, et dans plusieurs d'entre eux pour les deux opérations à la fois, à des concentrations différentes. Voici les chiffres publiés, avec leur source :

OpérationConcentration de B-72SolvantSource
Consolider des briques glaçurées : d'abord les zones friables, puis la brique entière1,5-3 %, puis 3-5 %Acétone:éthanol 1:1 (non précisé pour le 3-5 %)Whyte, Muros et Barack 2004
Consolider le délaminage de carreaux, à la micropipette jusqu'à saturer l'ouverture5 %Acétone:éthanol 70:30Laanbroek, Manshanden et Overhoff 2012
Sceller des fissures fines par capillarité~10 % ou moins—Fiche d'utilisation de Preservation Equipment
Appliquer une couche primaire sur les bords d'une céramique poreuse avant de coller5-10 % p/vAcétoneKoob 2018
Recoller des écailles d'émail20 %AcétoneLaanbroek, Manshanden et Overhoff 2012
Recoller des fragments du tesson50 %AcétoneLaanbroek, Manshanden et Overhoff 2012
Adhésif en tube préparé à l'atelier~48 % p/v (pour le verre) et ~55,5 % p/v (pour la faïence poreuse)AcétoneKoob 2018

p/v : grammes de résine pour 100 ml de solution.

Trois indications de Koob (AIC Objects Specialty Group, Postprints 25, 2018) à garder sous les yeux :

  • Sur une céramique poreuse, on applique d'abord une couche primaire. La faïence, la terre cuite et la céramique de basse température ont besoin que les bords soient scellés avant l'application de l'adhésif, pour que celui-ci retienne le solvant le temps nécessaire à sa prise. Le verre et la porcelaine de haute température ne demandent aucune préparation.
  • L'injection qui progresse par capillarité ne fonctionne que sur les matériaux non poreux, comme le verre et la porcelaine.
  • Si l'on ajoute de l'éthanol à l'acétone pour en freiner l'évaporation (Koob le propose par temps chaud), entre 5 et 15 % en volume, pas davantage : au-delà, l'éthanol, très hygroscopique, entraîne de l'eau dans le mélange.

Et une mise en garde sur le solvant sous une écaille, où la surface d'évaporation est très réduite par rapport au volume : avec des solvants lents, le solvant reste piégé et la prise s'allonge (De Henau 1996, repris par Chapman et Mason 2003).

La préparation générale du B-72 est expliquée dans notre guide du Paraloid B-72.

Comment le problème a été résolu sur des œuvres : cas de musées

  • Sur un tableau de carreaux du Nederlands Tegelmuseum (Otterlo), en 2012, on a dessalé pendant deux semaines, puis consolidé le délaminage au B-72 à 5 % dans l'acétone et l'éthanol, appliqué en plusieurs fois à la micropipette ; les écailles de glaçure ont été recollées au B-72 à 20 % dans l'acétone, et les fragments du tesson à 50 %. Le traitement a été mené à terme ; un carreau déjà mouillé avant la consolidation de sa glaçure fragile a été dessalé à part, glaçure vers le haut, pour limiter les dégâts (Laanbroek, Manshanden et Overhoff 2012).
  • Sur les briques glaçurées assyriennes de l'Oriental Institute de Chicago, à partir de 2002, les écailles d'émail ont été « faufilées » en place au B-72 en tube et les zones friables consolidées à part au B-72 dilué ; les briques ont ensuite été consolidées à plusieurs reprises et placées dans des sacs en polyéthylène après chaque application pour freiner l'évaporation. La façade a été remontée (Whyte, Muros et Barack, AIC OSG Postprints 11, 2004).
  • Sur la céramique murale en grès émaillé de Joan Miró et Josep Llorens Artigas de l'aéroport de Barcelone, en 2005, en extérieur, les écailles d'émail ont été consolidées au Paraloid B-44 à 20 % dans l'acétone, un vernis polyuréthane qui se décollait a été retiré et il a été décidé de ne pas revernir le grès. La couleur et la surface ont été retrouvées ; aucun suivi n'a été publié (Gall Ortlik, UNICUM, 2006).
  • Sur la sculpture en grès émaillé Textured Dog de la Silpakorn University (Bangkok), cuite vers 1100 °C et exposée plus de dix ans en extérieur, l'émail qui se soulevait a été recollé au B-72 dilué dans l'acétone, appliqué au pinceau fin ou à la microseringue sur le bord pour qu'il pénètre sous l'écaille, en deux passes. La surface était stable à la fin du traitement ; il s'agit d'un mémoire de master et il n'y a pas de suivi (Mukherjee 2025).
  • Sur la lunette de Luca della Robbia à Urbino, l'Opificio delle Pietre Dure (OPD) de Florence a recollé avec un sol-gel de silice l'émail soulevé par les sels. L'adhérence n'a pas été mesurée et, au microscope, le film de silice recouvre l'émail original. Le support est une terre cuite poreuse (Afra et al., AIC OSG Postprints 29, 2022).
  • Sur des sphinx de jardin en terre cuite engobée du musée d'Amiens, trois matériaux ont été employés pour trois problèmes : du silicate d'éthyle dans les zones pulvérulentes, une dispersion acrylique injectée au cathéter dans les vides entre feuillets et une résine acrylique chargée de microballons dans les grands vides. L'autrice note que la consolidation ne parvenait pas à combler les vides entre feuillets. Les pièces ne sont pas retournées en extérieur (Vétillard, CeROArt, 2012).

Aucun de ces cas ne publie de suivi du collage à moyen terme.

Avant de choisir un matériau : cinq questions sur la pièce

  1. Y a-t-il un vide sous la couche, ou est-ce la couche qui se désagrège ? La lumière rasante et la loupe permettent de trancher : ombre et bord soulevé, ou poudre et grains qui se détachent. C'est ce qui décide si l'on recolle, si l'on consolide, ou les deux.
  2. Quelle est la couche ? Émail, engobe ou finition appliquée à froid après la cuisson : les finitions non cuites sur céramique existent (National Park Service, Museum Handbook, annexe P). Une finition organique peut se ramollir ou se dissoudre à l'acétone ; tout solvant se teste donc d'abord sur un point caché.
  3. Y a-t-il des sels ? Sur une céramique glaçurée, les sels peuvent se déposer entre la glaçure et le tesson et, s'ils ne sont pas éliminés, la glaçure peut se détacher (Hamilton, Texas A&M University, 1999). Si la pièce ne supporte pas le lavage, on stabilise ce qui bouge avant de mouiller, puis on dessale. Pour les détecter, la conductivité de l'eau déionisée au contact de la surface est un test ponctuel (Frame, Segalman et White 2007) ; les bandelettes de test aux chlorures du commerce ne détectent pas les teneurs inférieures à 500 ppm (parties par million), et un résultat négatif ne prouve pas l'absence (Skipper et Rubinstein 2018).
  4. Intérieur ou extérieur ? La température de transition vitreuse (Tg) du B-72 se situe à 37-41 °C (Podany et al., JAIC, 2001), et Koob 2018 ne le recommande ni en extérieur ni au-delà de 50 °C. La résine se choisit en fonction de la température que la surface devra supporter ; dans les cas d'extérieur examinés, on a opté pour une résine de Tg plus élevée ou pour mettre la pièce à l'abri.
  5. A-t-elle reçu un traitement antérieur ? Le B-72 se dissout dans l'acétone et dans l'éthanol et il est insoluble dans le white spirit (fiche d'utilisation de Preservation Equipment). Un coton-tige imbibé d'essence de pétrole inodore et un autre d'acétone, roulés sans frotter sur une zone cachée, aident à savoir ce qu'il y a en surface avant d'ajouter quoi que ce soit.

Protéger la surface pendant le travail

Lorsqu'il y a des écailles, appliquer un consolidant sur toute la surface peut détacher des fragments. La pratique documentée consiste à stabiliser d'abord les écailles avec un adhésif injecté localement, souvent sous un facing de protection (Wheeler 2005, citant Nonfarmale 1976). Pour ce facing, on utilise un papier japon de faible grammage, comme le Tengujo Kashmir de 9 g ou le Bib Tengujo de 12 g.

En résumé

Ce que l'on voitOpérationCe qui a été utilisé dans les cas
Couche entière, séparée, avec un vide en dessousRecollerB-72 à 20 % dans l'acétone, ou adhésif en tube (~48-55,5 % p/v)
Délaminage fin, couche fragile mais en placeConsolider la zoneB-72 à 5 %, plusieurs applications à la micropipette
Tesson poreux désagrégé sous la coucheConsolider en masseSilicate d'éthyle ; B-72 dilué
Écaille qui entraîne du tesson à son reversLes deux : d'abord stabiliser l'écailleAdhésif sous l'écaille et consolidation du tesson
Présence de selsStabiliser ce qui bouge, dessaler, puis traiterSelon les étapes précédentes

Questions fréquentes

Le silicate d'éthyle permet-il de recoller un émail qui se soulève ?

Pour une écaille avec un vide en dessous, ce n'est pas sa fonction : son gel ne ponte pas les vides de plus d'environ 50 µm (Wheeler 2005, citant Wendler 1999). Le silicate d'éthyle consolide les matériaux poreux et désagrégés. Si, en plus de l'émail décollé, le tesson sous-jacent se désagrège, ce sont deux opérations, et elles se font séparément.

À quelle concentration utilise-t-on le Paraloid B-72 pour recoller des écailles d'émail ?

Dans les cas publiés, à 20 % dans l'acétone (Nederlands Tegelmuseum, 2012), ou comme adhésif en tube préparé à l'atelier, autour de 48 % p/v pour le verre et de 55,5 % p/v pour la faïence poreuse (Koob 2018). Les concentrations de 1,5 à 5 % apparaissent pour consolider, pas pour recoller.

La silice colloïdale, est-ce la même chose que le silicate d'éthyle ?

Non. Le silicate d'éthyle est un tétraéthoxysilane en solvant qui forme de la silice à l'intérieur du pore ; la silice colloïdale est une dispersion aqueuse de particules de silice déjà formées. La fiche technique de l'une des silices colloïdales du commerce indique qu'elle pénètre moins que le silicate d'éthyle.

Faut-il dessaler avant de recoller ?

Cela dépend de la fragilité de la pièce. Si elle ne supporte pas le lavage, on consolide d'abord ce qui bouge, puis on dessale (Hamilton 1999). Au Nederlands Tegelmuseum, on a d'abord dessalé, puis consolidé et recollé ; le carreau déjà mouillé avant la consolidation de sa glaçure fragile a été dessalé à part, glaçure vers le haut, pour limiter les dégâts (Laanbroek, Manshanden et Overhoff 2012).

Ce que ce guide ne couvre pas

  • Les collages structurels de fragments cassés, qui ont leur propre technique.
  • Le diagnostic de l'origine du défaut (défauts de cuisson, gel, accord pâte-émail).
  • La consolidation de la pierre. Une autre famille de problèmes.
  • Une œuvre en particulier. Rien de ce qui précède ne remplace l'examen de la pièce.

Ce qu'il vous faut

Tout le matériel se trouve dans Adhésifs et consolidants et dans Céramique et verre.

Si vous avez un cas précis

Dites-nous de quelle pièce il s'agit, quelle couche se soulève et où elle a séjourné. Nous vous dirons ce qu'il faut examiner avant d'acheter quoi que ce soit.

Álvaro